Khetemet
Épilogue

Khetemet II
Introduction
Chapitre 1
Énigme 1
Chapitre 2
Énigme 2
Chapitre 3
Énigme 3
Chapitre 4
Énigme 4
Énigme 5
Énigme 6
Énigme 7
Énigme 8
Énigme 9
Énigme 10
Énigme 11
Énigme 12
Énigme 13

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Éditeur : Histophile

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Khetemet II : chapitre 2

 

Cela fait bien une heure, voire plus, que je longe la « berge ». Le fluide rouge et visqueux s’écoule lentement en contrebas, formant des taches plus sombres lorsqu’il s’immobilise. Certains endroits, beaucoup plus lumineux et clairs forment des bulles en surface et projettent de la matière liquide, parfois à plusieurs décimètres.

Le temps s’estompe. Je n’ai pas de point de repère. Je marche tranquillement. Rien ne me presse.

Le sol est irrégulier. Il présente parfois de véritables surfaces plates, comme si des dalles avaient été taillées, puis de grandes concrétions prennent le relais, recouvrant le sol comme une couverture transformée en pierre. Méduse serait-elle passée par ici ?

Il y a un côté binaire à ce spectacle saisissant. D’un côté, le noir profond de cet espace souterrain. De l’autre, une chaleur créatrice qui inonde de sa lumière orangée. Mais cette barrière de feu agit également comme une séparation. Je sais qu’il me faut la traverser. Frontière qui sépare, barrière qui délimite, membrane invisible entre l’extérieur et l’intérieur, ligne de démarcation entre l’espace profane et l’espace sacré, à l’intérieur… quelle est la meilleure définition que je pourrais donner à cette rivière de feu ? A-t-elle seulement besoin d’être nommée pour exister ? Ou bien ai-je besoin de la classer pour me donner l’illusion de la comprendre ?

Dans la pénombre, un objet brillant attire mon regard. Un reflet rougeoyant danse sur une surface métallique. C’est à une dizaine de mètres de moi que je reconnais la forme caractéristique d’une épée médiévale. Mais sa lame est brisée. Un morceau lui manque, proportionnellement près d’un tiers. Je la cherche aux alentours alors que je me rapproche de l’arme, posée sur le sol. La pointe reste introuvable. Je tourne en rond, scrute le sol au loin, mais rien ne se distingue sur le sol. Je me penche sur l’épée dont la lame est étrangement brillante. Une solide poignée en cuir rend agréable et sécurisante sa prise en main. Brisée nette, la lame possède un tranchant extrêmement dangereux, non pas le fil de la lame, mais au niveau de la cassure elle-même. La signature du choc forme un zigzag, avec une pointe effilée sur une extrémité. Ainsi, je ne suis pas le premier à me rendre ici. Mais pourquoi une épée du Moyen-Âge ? Des chevaliers auraient-ils découvert et visité cet endroit hors du temps ? Je cherche en vain des traces de pas, de combat, mais rien n’est visible sur le sol. La seule chose qui attire mon attention, c’est une stalagmite décapitée. Elle semble avoir été coupée nette. Le reste repose en miettes sur le sol. Je m’approche de la concrétion calcaire. La surface tranchée a déjà été remodelée par les gouttes d’eau. Les bords sont arrondis comme si le temps avait repris son travail d’accrétion du calcaire.

Bien qu’elle ne me soit pas d’une grande utilité, je prends l’épée et la place à ma ceinture. Sans porte-épée, ce n’est guère pratique mais elle me donne confiance. Elle me rassure.

Un combat a semble-t-il eu lieu ici. L’arme médiévale en est la preuve. Mais il n’y a pas d’autre témoin que cette stalagmite brisée. Rien ne me permet d’ailleurs d’associer avec certitude ces deux objets. Le petit gratte-ciel de pierre aurait tout aussi bien pu se briser par un choc ou un point de fragilité naturel de la concrétion.

Éloigné de quelques dizaines de mètres de la rivière de feu, je me rends compte de son rayonnement de chaleur. La température est beaucoup plus agréable ici plutôt qu’au bord de l’écoulement du magma. Je décide donc de continuer ma route en restant à quelques pas de la source de chaleur. Je reste intrigué par cette découverte surprenante. Je reprends la lame dans les mains en m’arrêtant à nouveau. Aucun signe, aucun symbole ne vient décorer l’épée. Sobre, simple, elle a été forgée pour servir d’arme, non de décoration. La lame est brillante comme un miroir, mais le fil n’est pas véritablement tranchant.

Je la replace à ma ceinture pour continuer mon exploration. Je repense néanmoins au caractère incongru de cette arme blanche en un tel endroit. Elle n’aurait été plus surprenante au cœur d’un désert ou au sommet de l’Himalaya.

Je fais encore quelques pas, puis je m’arrête, attiré par un bruit d’eau en ébullition. Un « pshhh » accompagne un nuage de vapeur qui se forme à quelques dizaines de mètres de moi. Un petit cours d’eau termine sa course sur une résurgence de magma fumant. Comme l’eau versée sur les pierres chaudes d’un sauna, la vapeur s’élève, réchauffant l’atmosphère en s’éloignant vers les hauteurs. C’est le même phénomène que celui que j’avais découvert en suivant le premier cours d’eau.

Je délaisse cette petite usine à nuages pour revenir près de la barrière de flammes. Au loin, il me semble qu’elle laisse un passage sombre qui permet de la dépasser. Une zone sombre la traverse, comme un pont posé sur le magma.

La vision se précise alors que je m’approche de ce gué étrange. La lave passe sous une voûte de pierre naturelle. Mon intuition était bonne. Je savais qu’il me fallait longer les flammes pour trouver ce passage et l’emprunter pour rejoindre l’autre rive. Alors que je m’en approche, il me revient à l’esprit cette épée, découverte en apparence par hasard. Symbole de rectitude et d’efficience du chevalier, elle s’insère finalement parfaitement dans ce voyage. Là encore, j’ai l’impression que des pièces du puzzle s’imbriquent. Je ne vois pas encore de forme générale, de plan, mais tout me semble correspondre à un fil prédéterminé, une histoire qui ne peut se dérouler autrement. Et dire que j’ai toujours refusé d’accepter la notion même de destin !

Je fouille dans mes poches pour prendre mon carnet de notes. Je découvre alors un morceau de tissu. Cela semble être un coton très fin. Je le replace dans ma poche et ouvre mon carnet pour y lire l’étape suivante de mon parcours :

« Fie-toi à lui et tu pourras passer au-dessus de l’enceinte de feu. »

Je referme mon carnet, et le replace dans la poche de ma veste. Sans y penser, je reprends le morceau de tissu dans ma main droite, en le frottant entre mes doigts. Soudain, je sens une présence de l’autre côté de la coulée de lave. Je suis observé par deux yeux brillants, qui reflètent la couleur de la lave. C’est un animal dont je n’arrive pas à définir les contours exacts, posé sur un énorme rocher qui surplombe de plusieurs mètres le sol irrégulier. Deux grandes ailes se déploient de chaque côté d’un énorme corps. Le vautour se découvre et entame un vol circulaire autour du gué, passe au-dessus de ma tête pour s’éloigner rapidement vers les hauteurs sombres de la cavité souterraine dont je ne vois aucune limite.

Tissu et vautour… Faisant confiance à mon intuition, je m’approche du pont naturel et franchis la rivière de flammes.